Colmar est souvent présentée comme la ville la mieux préservée d’Alsace. Épargnée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale — elle ne fut libérée qu’en février 1945, dernière ville française libérée — elle a conservé intact un centre historique d’une richesse exceptionnelle. Capitale du vignoble alsacien, ville natale d’Auguste Bartholdi (sculpteur de la Statue de la Liberté), elle est surtout mondialement célèbre pour abriter l’une des plus grandes peintures du patrimoine mondial : le Retable d’Issenheim.

Le Musée Unterlinden et le Retable d’Issenheim

Le Musée Unterlinden est l’un des musées les plus visités de France, avec plus de 250 000 visiteurs par an. Installé dans un ancien couvent dominicain du XIIIe siècle, il accueille des collections d’art du Moyen Âge au XXe siècle. Son trésor absolu est le Retable d’Issenheim.

Le Retable d’Issenheim est un polyptyque à plusieurs vantaux, réalisé vers 1512-1516 pour la chapelle du couvent des Antonins d’Issenheim (Haut-Rhin). Il est l’œuvre de deux artistes : Mathias Grünewald (né vers 1470, mort en 1528) pour les peintures, et Nicolas de Haguenau (mort vers 1538) pour la sculpture de la caisse centrale.

Le panneau central de la Crucifixion est considéré comme l’une des représentations de la souffrance du Christ les plus intenses de toute l’histoire de l’art. Le corps du Crucifié présente des plaies purulentes, des convulsions musculaires et une expression de douleur absolue, directement liée à la mission thérapeutique du couvent des Antonins : soigner les malades atteints du « feu de Saint-Antoine » (ergotisme). Cette représentation médicale de la souffrance avait pour but d’aider les malades à s’identifier au Christ souffrant.

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Les panneaux des ailes déployées, représentant l’Annonciation, le Concert des Anges, la Nativité et la Résurrection du Christ, offrent un contraste saisissant avec la violence de la Crucifixion : lumières dorées, couleurs vives et sérénité spirituelle.

Le musée Unterlinden, rénové et agrandi par l’architecte suisse Herzog & de Meuron (2016), propose également des collections de peintures rhénanes des XIVe et XVe siècles, d’arts décoratifs alsaciens et de peintures modernes (Picasso, Léger, Poliakoff).

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La vieille ville médiévale

Le centre historique de Colmar s’articule autour de la Collégiale Saint-Martin (XIIIe-XIVe siècle), dont la tour octogonale coiffée d’un toit de tuiles vernissées polychromes est le repère visuel du centre-ville. L’intérieur présente des vitraux du XIVe siècle parmi les mieux conservés d’Alsace.

L’Ancien Corps de Garde (1575), sur la place de la Cathédrale, est un élégant bâtiment Renaissance à loggia et oriel sculpté, siège de la garde bourgeoise de la ville libre d’Empire. La Douane (Koïfhus, 1480), l’un des plus anciens bâtiments civils de Colmar, est l’ancien entrepôt des marchandises et lieu de perception des taxes douanières.

La Maison des Têtes (1609), rue des Têtes, tire son nom des 106 têtes sculptées qui ornent sa façade Renaissance. Elle est l’exemple le plus exubérant du style maniériste alsacien, au décor d’une profusion baroque avant l’heure. Elle abrite aujourd’hui un restaurant étoilé.

La Maison Pfister

La Maison Pfister (1537) est considérée comme le joyau de l’architecture civile colmarienne. Construite pour Ludwig Scherer, chapelier de Besançon, elle présente une façade à galeries superposées sur colonnettes de bois, ornées de médaillons peints représentant des empereurs et des personnages bibliques.

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La loggia du premier étage, à balustrade de bois sculpté, et l’oriel d’angle à tourelle sont des exemples parfaits de la Renaissance rhénane alsacienne, mêlant influences germaniques et italiennes. La Maison Pfister est classée monument historique depuis 1907.

Rue des Têtes à Colmar, architecture Renaissance

Le quartier des tanneurs

Le quartier des tanneurs (Gerberviertl), qui donne sur le canal de la Lauch, est le secteur le mieux conservé de la vieille ville après la Petite Venise. Les maisons de tanneurs du XVIIe siècle, reconnaissables à leurs grands toits mansardés percés de lucarnes pour le séchage des peaux, forment un ensemble architectural cohérent et pittoresque.

La couleur rouge caractéristique de ces maisons est liée à la peinture au sang de bœuf utilisée pour protéger les boiseries exposées aux émanations du travail du cuir. Cette tradition coloriste propre aux tanneurs a contribué à la palette chromatique si spécifique de la Petite Venise de Colmar.

Auguste Bartholdi et son musée

Auguste Bartholdi (1834-1904), l’un des plus grands sculpteurs français du XIXe siècle, est né à Colmar. Son œuvre la plus célèbre, la Statue de la Liberté offerte par la France aux États-Unis (1886), et le Lion de Belfort (1880), symbole de la résistance de la ville lors du siège de 1870, en font un artiste mondialement connu.

Le Musée Bartholdi, installé dans la maison natale du sculpteur rue des Marchands, présente l’atelier de création de Bartholdi avec ses maquettes, esquisses, outils et archives. Des modèles réduits de la Statue de la Liberté en différentes étapes de conception, les croquis préparatoires du Lion de Belfort et une galerie de portraits de dignitaires alsaciens constituent les pièces maîtresses de la collection.

Informations pratiques

Musée Unterlinden : Place Unterlinden. Ouvert du mercredi au lundi (fermé le mardi). Entrée payante, billet couplé Unterlinden + Bartholdi disponible.

Musée Bartholdi : 30, rue des Marchands. Ouvert du mercredi au lundi (fermé le mardi). Fermé de décembre à février.

Visites guidées : L’Office de Tourisme de Colmar propose des visites guidées de la vieille ville en français et en plusieurs langues étrangères. Réservation conseillée en juillet-août.

Promenades en barque : Promenades guidées sur les canaux de la Petite Venise depuis le quai de la Poissonnerie. Ouvertes d’avril à octobre.

Marché de Noël : Comme Strasbourg, Colmar organise un marché de Noël réputé (fin novembre - fin décembre) dans plusieurs quartiers de la vieille ville.

Pour aller plus loin, consultez notre guide sur route des vins d’Alsace et le site Librairie Art et Livre Religieux consacré au patrimoine artistique et religieux alsacien.