La cathédrale Notre-Dame de Strasbourg est l’un des monuments les plus extraordinaires de l’architecture médiévale européenne. Dressée en plein cœur de la Grande Île classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, cette cathédrale en grès rose vosgien domine la skyline alsacienne depuis plus de cinq siècles. Victor Hugo la décrivit comme « un prodige du gigantesque et du délicat » — une définition qui reste la plus juste pour rendre compte de la beauté saisissante de cet édifice.
Histoire et construction
Les origines de la cathédrale de Strasbourg remontent à la cathédrale romane construite sous l’évêque Werner (1015-1028), elle-même élevée sur l’emplacement d’un édifice carolingien du VIIe siècle. La transition vers l’architecture gothique s’amorce vers 1220 avec la construction du transept, influencée par les innovations de la cathédrale de Chartres et de la Sainte-Chapelle de Paris.
La nef gothique, l’une des plus belles de France, est élevée entre 1240 et 1275. La façade occidentale, chef-d’œuvre de la sculpture médiévale alsacienne, est construite de 1277 à 1318 selon les plans de Maître Erwin de Steinbach, dont le nom reste associé à l’identité de la cathédrale. Son fils Jean et sa fille Sabine poursuivent l’œuvre familiale. La rose centrale, les portails sculptés et la galerie des apôtres constituent un programme iconographique d’une richesse sans égale.
Les deux tours sont élevées entre 1365 et 1383. Seule la tour nord sera couronnée d’une flèche, achevée en 1439 par Johannes Hültz de Cologne. Cette flèche octogonale à jour, culminant à 142 mètres, fait de la cathédrale l’édifice le plus haut du monde pendant plus de deux siècles, de 1647 à 1874.
La cathédrale traverse l’histoire alsacienne avec une résilience remarquable. Elle résiste au bombardement prussien de 1870, à la Première et à la Seconde Guerre mondiale. En 1944, les vitraux avaient été déposés et mis à l’abri pour les protéger des bombes — ils furent remis en place après la Libération, intacts.
Architecture en grès rose
Le choix du grès rose vosgien comme matériau de construction est fondamental dans l’identité visuelle de la cathédrale. Cette roche sédimentaire, extraite des carrières de la vallée de la Bruche et des Vosges du Nord, donne à l’édifice sa teinte chaude qui vire de l’ocre au rose vif selon l’heure et la lumière. Au coucher du soleil, la façade s’embrase d’une couleur cuivrée absolument unique en Europe.
La façade occidentale, haute de 66 mètres jusqu’à la galerie des tours, est organisée en trois portails sculptés correspondant aux trois vaisseaux de la nef. Le portail central illustre la Passion du Christ, le portail sud la Vierge couronnée, le portail nord le Jugement dernier. Plus de 300 statues ornent cette façade, dont beaucoup sont des copies — les originaux étant conservés au Musée de l’Œuvre Notre-Dame pour les protéger de l’érosion.
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La façade présente une caractéristique architecturale remarquable : l’accumulation de galeries ajourées en dentelle de pierre, qui créent un effet de légèreté et de transparence malgré la solidité de la construction. Maître Erwin de Steinbach a développé un style de façade-écran qui influence durablement l’architecture gothique rhénane.
Le portail des Vierges Sages et des Vierges Folles, à gauche du portail sud, est célèbre pour ses sculptures du XIIIe siècle représentant la séduction du Diable et les conséquences du péché. Ces figures, parmi les plus expressives de la sculpture médiévale française, témoignent d’un sens aigu de la narration et du réalisme.

Le patrimoine religieux alsacien, dont fait partie intégrante la cathédrale, constitue un ensemble d’une richesse incomparable. Les paroisses du diocèse de Strasbourg et leurs archives ecclésiastiques documentent des siècles de vie liturgique liée à la cathédrale et aux nombreuses églises de la région.
L’horloge astronomique
L’horloge astronomique est sans doute l’attraction la plus spectaculaire de la cathédrale après la visite de la plateforme. Installée dans le croisillon sud du transept, la version actuelle — la troisième — a été construite entre 1838 et 1843 par le mécanicien strasbourgeois Jean-Baptiste Schwilgué (1776-1856), mathématicien et horloger de génie.
L’horloge mesure 18 mètres de hauteur pour 5 mètres de largeur. Elle est divisée en plusieurs zones fonctionnelles :
- Le calendrier perpétuel : indique le jour, le mois, l’année, et se règle automatiquement pour les années bissextiles jusqu’en 9999
- Le planétarium : représente les positions du Soleil, de la Lune et des cinq planètes connues à l’époque (Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne)
- Les heures : marquées par des automates représentant les âges de la vie — l’Enfant, le Jeune Homme, l’Homme Mûr et le Vieillard — frappant chacun à leur tour
- Le défilé des apôtres : chaque jour à 12h30, les douze apôtres défilent devant le Christ en bénissant la foule. Le coq mécanique chante trois fois, rappelant le reniement de Pierre
La première horloge astronomique date de 1354 ; la deuxième, plus sophistiquée, est installée en 1574 par le mathématicien Conrad Dasypodius. Elle tombe en panne en 1788. Schwilgué consacre quarante ans de sa vie à comprendre le mécanisme de la deuxième horloge avant d’en concevoir une troisième encore plus précise.
Les vitraux médiévaux
La cathédrale possède l’un des plus importants ensembles de vitraux médiévaux d’Europe, avec plus de 1 200 m² de surface vitrée. Les vitraux du XIIe au XIVe siècle constituent un témoignage exceptionnel de l’art verrier rhénan.
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Les vitraux les plus anciens, datant des années 1200-1230, ornent les fenêtres hautes du chœur roman. Ils représentent des empereurs germaniques et des évêques de Strasbourg, constituant un panthéon de la grandeur médiévale alsacienne.
La rose de la façade occidentale, de 14 mètres de diamètre, date du XIVe siècle. Ses 32 panneaux représentent des scènes bibliques et des figures symboliques dans un arrangement géométrique qui reflète la perfection mathématique du Moyen Âge.

La rosace du croisillon nord, dite « rosace du Jugement dernier » (1220-1230), est l’une des plus remarquables de l’art gothique. Sa polychromie intense, dominée par les bleus et les rouges, crée des effets lumineux saisissants au soleil couchant.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les 40 000 pièces de verre coloré ont été soigneusement déposées et entreposées dans des caves voûtées alsaciennes, à l’abri des bombardements. Leur réinstallation après la Libération, en 1945, fut un chantier considérable dirigé par les ateliers spécialisés de Strasbourg. Pour comprendre les techniques et les enjeux de cette restauration, notre entretien avec une restauratrice de vitraux médiévaux alsaciens offre un regard de praticienne sur ces métiers d’art exigeants.
La plateforme panoramique
La plateforme de la cathédrale, accessible par un escalier de 332 marches, s’élève à 66 mètres d’altitude. Depuis cette terrasse qui couronne les tours avant l’envol de la flèche, le panorama embrasse la totalité de la plaine d’Alsace.
Par temps clair, le regard porte jusqu’aux Vosges à l’ouest et jusqu’à la Forêt-Noire allemande à l’est, de l’autre côté du Rhin. La ville de Strasbourg se déploie en contrebas avec ses quartiers historiques, ses canaux et ses ponts.
La plateforme accueille depuis le Moyen Âge des veilleurs chargés de surveiller les incendies de la ville. Ce service, actif jusqu’en 1875, se déplaçait de clocher en clocher en fonction des alarmes.
La grande cloche, baptisée Strasbourg (1521), pèse 5,5 tonnes. Elle ne sonne plus qu’en occasion des grandes cérémonies liturgiques, pour éviter les vibrations qui pourraient fragiliser la maçonnerie de grès rose.
Classement et conservation
La cathédrale Notre-Dame de Strasbourg est classée monument historique depuis le 7 juillet 1862, parmi les premiers édifices de France à bénéficier de cette protection. Elle fait partie de la Grande Île de Strasbourg, inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1988 — première ville entière à recevoir cette distinction.
La conservation de la cathédrale constitue un défi permanent. Le grès rose vosgien, très sensible aux pollutions atmosphériques, nécessite des restaurations régulières. La Fondation de l’Œuvre Notre-Dame, institution fondée au Moyen Âge pour financer la construction, poursuit aujourd’hui sa mission en collectant des fonds pour les travaux de restauration.
L’atelier de restauration de la cathédrale emploie en permanence une équipe de tailleurs de pierre, de sculpteurs et de maçons spécialisés. Les sculptures les plus exposées sont progressivement remplacées par des copies, les originaux étant transférés au Musée de l’Œuvre Notre-Dame.
La DRAC Grand Est supervise l’ensemble des travaux de restauration en coordination avec l’architecte en chef des monuments historiques responsable de l’édifice.
Pour une lecture complémentaire sur la dimension théologique et spirituelle de la cathédrale — le programme iconographique du pilier des Anges, la symbolique de l’horloge astronomique, la liturgie médiévale — le site Théologie Catholique Strasbourg propose des guides approfondis.
Informations pratiques
Accès : Place de la Cathédrale, 67000 Strasbourg. À 5 minutes à pied de la place Gutenberg. Desservie par les tramways lignes A, B, C, D, E, F (arrêt Homme de Fer ou Langstross).
Cathédrale (nef) : ouverte tous les jours de 7h à 19h (entrée libre). La nef est accessible librement pour la visite touristique sauf pendant les célébrations liturgiques.
Horloge astronomique : billet requis pour assister au défilé des apôtres (12h30). Billetterie sur place ou en ligne.
Plateforme panoramique : ouverte de 9h30 à 18h30 (horaires variables selon la saison). Accès payant. 332 marches sans ascenseur. Fermée par mauvais temps.
Musée de l’Œuvre Notre-Dame : adjacent à la cathédrale, Place du Château. Il conserve les sculptures originales déposées de la façade et d’exceptionnelles collections d’art médiéval alsacien.
Pour aller plus loin, retrouvez notre guide sur conservation des monuments historiques.