Le château du Haut-Kœnigsbourg est le monument le plus visité d’Alsace et l’un des châteaux forts les mieux conservés d’Europe. Dominant la plaine d’Alsace depuis son éperon vosgien à 757 mètres d’altitude, il offre une vue incomparable qui a fait sa renommée internationale. Monument historique classé depuis 1862 et géré par le Conseil départemental du Bas-Rhin, il accueille chaque année plus de 500 000 visiteurs venus du monde entier.
Origines médiévales du château
Les premières fortifications sur le piton rocheux du Staufenberg remontent au XIIe siècle. Un château est mentionné dans les textes pour la première fois en 1147, sous le nom de « Estufin » ou « Staufen ». Il est alors la propriété des Hohenstaufen, puissante famille dynastique dont est issu l’Empereur Frédéric Barberousse.
En 1147, Frédéric II de Hohenstaufen engage des travaux d’agrandissement significatifs. Le château prend alors l’aspect d’une forteresse résidentielle dotée d’un donjon carré, d’une enceinte maçonnée et de plusieurs corps de logis. Il contrôle le passage entre la plaine rhénane et les cols vosgiens, position stratégique pour le commerce et la défense militaire.
Après l’extinction des Hohenstaufen en 1268, le château passe successivement entre les mains des Habsbourg (1359), de la ville de Sélestat, et du comté d’Autriche. En 1479, l’Archiduc Sigismond d’Autriche le vend à Jean de Thierstein, burgrave impérial. Cette période voit d’importants travaux de renforcement des défenses : construction du bastion de l’artillerie, épaississement des murailles et creusement d’un puits profond de 62 mètres.
La destruction de 1633
La Guerre de Trente Ans (1618-1648) est fatale au Haut-Kœnigsbourg. En mai 1633, les troupes suédoises du général Gustave Horn assiègent le château, alors tenu par une modeste garnison impériale. Après plusieurs semaines de siège, la forteresse capitule. Les Suédois la pillent et l’incendient méthodiquement avant de se retirer.
Le château reste en ruines pendant 267 ans. Ses pierres servent progressivement de carrière pour la construction des villages voisins. La végétation envahit les courtines éventrées et les salles dévastées. Les ruines deviennent un but de promenade romantique pour les voyageurs du XVIIIe et du XIXe siècle, inspirant poètes et peintres alsaciens.
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La restauration par Guillaume II (1900-1908)
En 1899, la ville de Sélestat offre solennellement les ruines du Haut-Kœnigsbourg à l’Empereur Guillaume II d’Allemagne, dans le contexte de l’annexion de l’Alsace-Lorraine par le Reich depuis 1871. L’Empereur voit dans cette restauration l’occasion d’affirmer symboliquement la présence germanique en Alsace et de créer un lieu de prestige impérial.

L’architecte Bodo Ebhardt (1865-1945), spécialiste reconnu de la restauration des châteaux rhénans, est chargé des travaux. Il s’appuie sur des fouilles archéologiques et des documents d’archives pour reconstruire le château selon une vision romantique et nationaliste de l’architecture médiévale. Les travaux mobilisent jusqu’à 250 ouvriers en permanence et durent huit ans (1900-1908).
La restauration est inaugurée le 19 mai 1908 en présence de Guillaume II lui-même. Bodo Ebhardt reconstruit entièrement le château en ajoutant des éléments expressément romantiques absents de l’original médiéval : la tour dite « du Lion », les décors intérieurs néo-médiévaux, les vitraux armoriaux. Cette liberté d’interprétation sera vivement critiquée par les historiens et archéologues du XXe siècle, notamment Viollet-le-Duc admirateur des restaurations plus fidèles.
Architecture et organisation
Le château occupe une superficie totale d’environ 1 800 m² sur son éperon rocheux. Il se compose de plusieurs unités architecturales :
Le château bas : enceinte extérieure défensive avec bastions, fossés et pont-levis. Il comprend les écuries, les logements des soldats et les ateliers. La tour du guet offre une vue circulaire sur la plaine.
Le château haut : bâtiment résidentiel principal organisé autour d’une cour intérieure. Il abrite la grande salle d’apparat, les appartements seigneuriaux, la chapelle castrale et les cuisines. Les murs atteignent par endroits 4 mètres d’épaisseur.
Le donjon (tour principale) : cylindrique, il s’élève à 42 mètres et constituait le réduit défensif ultime en cas d’attaque. Son puits, profond de 62 mètres, garantissait l’autonomie en eau de la garnison lors des sièges.
La grande salle (Rittersaal) : reconstituée dans un style néo-gothique allemand, elle présente des boiseries sculptées, des vitraux armoriaux et une cheminée monumentale aux armes des Hohenstaufen et des Habsbourg.
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Le panorama exceptionnel
La réputation du Haut-Kœnigsbourg tient en grande partie au panorama exceptionnel qu’il offre depuis ses terrasses et ses créneaux. À 757 mètres d’altitude, la vue porte dans toutes les directions.
Vers l’est, la plaine d’Alsace s’étend à perte de vue jusqu’au Rhin et à la Forêt-Noire allemande. Par temps clair, les flèches de la cathédrale de Strasbourg sont visibles à 40 kilomètres. Vers l’ouest, les crêtes vosgiennes se succèdent en dégradés de vert et de bleu, ponctuées des ruines d’autres châteaux médiévaux. Vers le nord, le vignoble alsacien déroule ses rangs impeccables entre Dambach-la-Ville et Barr. Vers le sud, le Ballon d’Alsace et les sommets des Vosges méridionales dominent l’horizon.
Cette position de vigie naturelle explique pourquoi les seigneurs médiévaux accordaient autant d’importance au contrôle de ce piton rocheux. En temps de paix, c’est un poste d’observation militaire ; en temps de guerre, une forteresse quasi inexpugnable.
Collections et musée
Le Haut-Kœnigsbourg abrite une remarquable collection d’armes et armures médiévales, réunie en partie lors de la restauration de 1900-1908 sous la direction de Guillaume II. On y trouve des armures de combat du XVe et du XVIe siècle, des épées, des arbalètes et des armes à feu de la Renaissance alsacienne.
Les appartements seigneuriaux présentent du mobilier médiéval et Renaissance reconstitué, des tapisseries, des broderies armoriées et des ustensiles de cuisine d’époque. La salle du conseil conserve une table hexagonale du XVIe siècle, pièce maîtresse des collections.

La bibliothèque du château abrite plusieurs incunables et manuscrits alsaciens ainsi que des gravures représentant le château avant sa destruction.
Le château après 1918
Avec le retour de l’Alsace à la France en 1918, le château du Haut-Kœnigsbourg, propriété de l’Empire allemand, devient propriété de l’État français puis du département du Bas-Rhin. Sa gestion et son entretien sont confiés au Conseil départemental du Bas-Rhin depuis 1945.
D’importants travaux de consolidation et de restauration ont été menés dans les années 1950, 1970 et 2000-2010. La signalétique et les espaces d’accueil ont été entièrement modernisés en 2011, avec la création d’un espace muséographique dans les caves et de parcours de visite thématiques (l’armement, la vie quotidienne, l’architecture castrale).
Le château a servi de décor à plusieurs productions cinématographiques, dont le film muet Jean d’Arc de Carl Dreyer (1928) et, plus récemment, à des productions télévisuelles historiques. Cette dimension cinématographique contribue à son rayonnement international.
Informations pratiques
Accès : Route départementale D159, depuis Sélestat (12 km au nord) ou Orschwiller (3 km). Parking payant au pied du château.
Navettes : En été (juillet-août), navettes depuis Sélestat, Colmar et Ribeauvillé. Vérifier les horaires sur le site officiel.
Horaires : Ouvert toute l’année. Horaires variables selon la saison (généralement 9h30-17h en hiver, 9h30-19h en été). Fermé le 25 décembre, le 1er janvier et le 1er mai.
Tarifs : Entrée payante. Tarif réduit pour les enfants, étudiants et groupes. Billet combiné disponible avec d’autres monuments d’Alsace.
Durée de visite : 2 à 3 heures pour une visite complète.
Boutique et restauration : Boutique de souvenirs et restaurant sur place, service de mi-mars à mi-novembre.
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