L’Alsace dispose d’un réseau muséal particulièrement riche pour une région de taille moyenne. Fruit d’une longue tradition culturelle liée à la prospérité des villes libres impériales et à l’héritage de la Société pour la Conservation des Monuments Historiques d’Alsace (SCMHA), les musées alsaciens conservent des collections qui comptent parmi les plus importantes de France dans leurs domaines respectifs : art médiéval rhénan, sculpture gothique, peinture de la Renaissance du Rhin, ethnographie alsacienne.

Le musée Unterlinden de Colmar : le Retable d’Issenheim

Le musée Unterlinden, installé dans un ancien couvent dominicain du XIIIe siècle à Colmar, est l’un des musées les plus visités de France avec plus de 750 000 visiteurs par an. Sa célébrité repose sur un chef-d’œuvre absolu : le Retable d’Issenheim de Matthias Grünewald.

Le Retable d’Issenheim (vers 1512-1516)

Ce polyptyque exceptionnel, commandé pour la chapelle de l’hôpital des Antonins d’Issenheim (Haut-Rhin) par le précepteur Guido Guersi, est l’œuvre conjointe de deux artistes : Matthias Grünewald (né Mathis Gothart Nithart, vers 1475-1528) pour les panneaux peints, et Nicolas de Haguenau (vers 1445-1538) pour la sculpture du corps central.

Le retable se présentait à l’origine sous trois états successifs, correspondant aux jours liturgiques :

Position fermée (jours ordinaires) : la Crucifixion centrale — considérée comme la plus puissante représentation de ce thème dans l’histoire de la peinture — montre le Christ crucifié avec un réalisme anatomique saisissant. Le corps déformé par la souffrance, les doigts crispés, la peau lacérée couverte de plaies pestilentielles renvoient aux souffrances du mal des Ardents (ergotisme) que soignaient les moines antonins.

Premier ouverture (dimanches et fêtes) : apparaissent l’Annonciation (panneau gauche), le Concert des Anges et la Nativité (panneau central) et la Résurrection du Christ (panneau droit) — une cascade de lumière dorée d’une intensité visionnaire unique dans la peinture de l’époque.

Deuxième ouverture (grandes fêtes) : le corps sculpté central, peint par Nicolas de Haguenau, représente saint Antoine abbé entre saint Augustin et saint Jérôme, entourés de donateurs.

Le Retable fut saisi à la Révolution et transféré à Colmar en 1793, puis au musée Unterlinden depuis 1852.

À découvrir : musée de l’Œuvre Notre-Dame

Le bâtiment et l’extension Herzog & de Meuron

Le couvent d’Unterlinden, fondé en 1232 par des dominicaines, fut supprimé à la Révolution. Le cloître roman et la chapelle gothique du XIIIe siècle constituent le cœur historique du musée, inauguré en 1849.

En 2016, le musée ouvre une spectaculaire extension contemporaine conçue par les architectes suisses Herzog & de Meuron (Pritzker Prize 2001). Cette extension, abritée dans la halle de la piscine Lauch rénovée, double la surface d’exposition et accueille les collections d’art moderne et contemporain. La confrontation entre le couvent médiéval et la halle industrielle réhabilitée crée une tension architecturale remarquable.

Autres collections

Outre le Retable, le musée Unterlinden conserve : une importante collection de peinture rhénane du XVe siècle (Martin Schongauer, Lucas Cranach l’Ancien), des objets liturgiques médiévaux (orfèvrerie, textiles, ivoires), une galerie d’art alsacien du XIXe siècle et une collection d’art moderne (Monet, Braque, Rodin, Picasso).

Retable d'Issenheim de Grünewald au musée Unterlinden

Le Musée de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg

Le Musée de l’Œuvre Notre-Dame (OND), situé place du Château à Strasbourg, est l’institution-mère de la conservation de la cathédrale. Son bâtiment, datant du XIVe au XVIIe siècle, est lui-même un monument historique classé.

Mission première : protéger les sculptures de la cathédrale

La Fondation de l’Œuvre Notre-Dame fut fondée au Moyen Âge pour financer et coordonner la construction de la cathédrale. Elle conçut très tôt le projet de remplacer les sculptures les plus exposées de la façade par des copies, pour préserver les originaux. Cette dépose progressive, initiée au XIXe siècle et poursuivie tout au long du XXe, a permis de sauvegarder des dizaines de statues et de reliefs que les intempéries et la pollution urbaine auraient irrémédiablement dégradés.

Le musée conserve ainsi les sculptures originales du portail de la façade occidentale (XIIIe siècle) : les Vierges Sages et Vierges Folles, les Vertus et Vices, le cycle de la Passion — des chefs-d’œuvre de la sculpture gothique préservés dans des conditions de conservation optimales.

Collections permanentes

Le Musée de l’Œuvre Notre-Dame conserve également :

Verrières médiévales : les vitraux originaux du XIIe siècle déposés de la cathédrale, dont les célèbres têtes de rois et les figures de prophètes (vers 1200), comptent parmi les plus anciens vitraux gothiques de France.

À découvrir : art roman alsacien

Art roman alsacien : fonts baptismaux, chapiteaux, reliefs en grès du XIe-XIIe siècle provenant des principales abbayes et collégiales alsaciennes.

Orfèvrerie religieuse : calices, reliquaires, crosses épiscopales, croix processionnelles en or et argent émaillé des XIIe-XVe siècles.

La maison de l’Œuvre : le bâtiment lui-même, gothique et Renaissance, abrite la remarquable salle des délibérations du chapitre (XVIe siècle) avec ses boiseries sculptées.

Cloître gothique du musée Unterlinden de Colmar

Le Musée Alsacien de Strasbourg

Le Musée Alsacien, installé dans trois maisons alsaciennes des XVIe-XVIIe siècles du quai Saint-Nicolas, est le conservatoire de la culture matérielle populaire alsacienne. Son caractère immersif — les collections sont présentées dans des reconstitutions d’intérieurs alsaciens — en fait un musée d’ethnographie unique en France.

Collections ethnographiques

Le musée reconstitue des intérieurs complets : chambre alsacienne avec lit-alcôve, armoire peinte, fourneau en faïence de Soufflenheim ; atelier de boulanger équipé d’un four à pain en briques ; apothicairerie du XVIIIe siècle ; atelier de vigneron avec pressoir en bois.

Les collections comportent plus de 35 000 objets : costumes régionaux (Kochersberg, Outre-Forêt, Sundgau), jouets en bois peint, faïences, broderies au point de croix, mobilier paysan, outils agricoles et artisanaux. Les jouets anciens et les reconstitutions d’intérieurs en font l’une des étapes les plus appréciées lors des visites en famille dans les musées alsaciens.

La section consacrée aux croyances populaires alsaciennes — ex-voto, amulettes, calendriers liturgiques — offre un éclairage fascinant sur la vie religieuse et superstitieuse des campagnes alsaciennes aux XVIIe-XIXe siècles.

Le jardin alsacien

Une cour intérieure, dite « jardin alsacien », reconstitue un espace rural traditionnel avec puits, potager médiéval et plantes aromatiques cultivées selon les pratiques du XVIIe siècle.

Le Musée Bartholdi de Colmar

Frédéric Auguste Bartholdi (1834-1904), né à Colmar, est le sculpteur alsacien le plus célèbre à l’échelle mondiale, grâce à la Statue de la Liberté (inaugurée à New York en 1886).

Le Musée Bartholdi, installé dans la maison natale du sculpteur au 30 rue des Marchands de Colmar, conserve ses archives, ses ébauches et ses modèles. On y découvre les différentes études pour la Statue de la Liberté — dont le modèle réduit en plâtre de la tête portée à l’Exposition universelle de Philadelphie (1876) — mais aussi les modèles pour le Lion de Belfort (sculpture monumentale creusée dans le roc, symbole de la résistance de Belfort en 1870-1871) et la Fontaine Bartholdi de la place des Terreaux à Lyon.

L’atelier du sculpteur a été reconstitué avec ses outils, ses moulages partiels et ses archives photographiques.

Le Musée du Château des Rohan (Strasbourg)

Le Château des Rohan, construit entre 1732 et 1742 pour les cardinaux-évêques de la famille de Rohan (famille bretonne propriétaire du siège épiscopal de Strasbourg depuis 1704), est l’un des plus beaux palais classiques d’Alsace. La façade sur l’Ill, dessinée par l’architecte Robert de Cotte, est d’une élégance toute française dans un contexte urbain alsacien.

Le palais abrite aujourd’hui trois musées distincts : le Musée des Arts Décoratifs (appartements royaux, appartements des cardinaux, faïences de Strasbourg du XVIIIe siècle), le Musée des Beaux-Arts (peintures de la Renaissance à l’impressionnisme, Rubens, Van Dyck, Goya) et le Musée Archéologique (préhistoire et Antiquité alsacienne, collections romaines d’Argentoratum).

Pour aller plus loin, consultez notre guide sur archéologie alsacienne et le site Art Populaire consacré au collections d’arts populaires et ethnographiques.